Texte de la célébration
Érik
Hommage à André
Quelle vie bien remplie que celle d’André.
Quelle personnalité hors du commun. Un homme de passion, animé par une volonté farouche d’aller jusqu’au bout des choses, balayant les obstacles sur son passage avec détermination.
Tout jeune, profondément croyant, il est attiré par la prêtrise. Mais une autre passion l’anime : la musique.
Pour son père Georges, pas question de devenir “saltimbanque”. Dans la famille, on travaille au garage.
Alors papa choisira de ne renoncer à rien.
C’est à cette époque qu’il découvre véritablement la musique, à l’âge de 16 ans — tardivement diront certains — mais avec une intensité qui ne le quittera plus jamais.
Il travaille au garage le jour, apprend la trompette au Conservatoire d’Amiens, et le soir, il est pion pour financer ses études musicales.
Cette ténacité l’amène jusqu’au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il poursuit sa formation avec une rigueur exemplaire.
À sa sortie, il débute une étonnante expérience au cirque Pinder, haute en couleurs, à l’image de sa curiosité musicale.
Il devient ensuite professeur de trompette à Boulogne-sur-Mer et rejoint en parallèle l’Orchestre du Théâtre des Arts de Rouen.
C’est là qu’il rencontre Françoise, une jolie violoniste — notre maman — et aussi une figure décisive dans son parcours : Jean-Sébastien Béreau, alors directeur du Conservatoire de Rouen, assistant de Léonard Bernstein, et futur ami fidèle pendant plus de 50 ans.
C’est sous son influence qu’André découvre la direction d’orchestre, un domaine qui l’enthousiasme profondément.
Encouragé par Jean-Sébastien, il envoie une candidature à la commune de Notre-Dame-de-Gravenchon, qui, à l’époque, ne possédait pas encore d’école de musique, et qui lui répond dans un premier temps par un refus.
Mais quelques mois plus tard, M. Deveaux, maire de Gravenchon, le contacte : il lui propose de créer une association musicale.
Mais papa rêve de plus grand. Il croyait en un vrai conservatoire. Et il ne lâchera rien.
Après de longues discussions (et il savait parlementer !), le projet se concrétise. Dès la deuxième rentrée, 250 élèves sont inscrits.
En 1984, le conservatoire de Gravenchon devient Conservatoire National, avant même celui du Havre. Il en était particulièrement fier.
Durant toutes ces années, André s’est consacré corps et âme au développement du conservatoire, à la pédagogie, à la découverte et la promotion de jeunes talents, mais aussi à la défense des droits des enseignants.
Il savait s’entourer de personnes compétentes — souvent plus compétentes que lui, disait-il avec humilité.
Il organise des échanges avec l’étranger, emmène les élèves jusqu’en Russie, en Italie, en Allemagne et en Angleterre
Il rencontre des musiciens de renommée internationale, et garde une profonde fidélité à ceux qui ont compté pour lui.
Depuis quelques jours, les témoignages bouleversants d’anciens élèves et collègues affluent. Ils parlent tous de lui avec respect et gratitude.
Oui, il y a eu parfois des tensions, comme dans toute histoire humaine. Mais toujours avec exigence, passion, et un souci constant de transmission.
En 1999, Papa prend une retraite bien méritée et se consacre davantage à sa foi, un pilier discret mais constant de sa vie.
Il se plonge alors dans l’étude des Saintes Écritures de nombreuses traditions religieuses, apprend l’araméen, et poursuit inlassablement sa quête de vérité intérieure.
C’est dans cette démarche qu’il décide, en pleine conscience, de rejoindre l’Église orthodoxe, dont il se sentait plus proche dans sa sensibilité spirituelle et ses convictions profondes.
Bien qu’il ait toujours été très exigeant avec nous, c’est en grande partie grâce à l’exemple qu’il nous a donné, à la rigueur qu’il nous a transmise et à l’environnement qu’il a su créer qu’Héléna et moi sommes devenues professeures.
Aujourd’hui, nous avons à cœur de faire vivre son projet au sein du conservatoire qu’il a imaginé, porté et construit — non par héritage, mais par vocation et par choix.
Enfin, nous voulons adresser un mot tout particulier à Marie-France,
qui a été, durant ces dix dernières années, une présence précieuse, bienveillante et fidèle auprès de papa.
Elle l’a accompagné avec une grande attention, une patience infinie et un profond respect.
Grâce à elle, il a pu vivre cette dernière étape de sa vie entouré, soutenu, et dans la sérénité.
Qu’elle en soit sincèrement remerciée.
Et pour conclure,
nous voulons te dire, mon cher papa, simplement ceci :
Nous espérons de tout notre cœur que tu as enfin trouvé la plénitude que tu as toujours cherchée,
et que là où tu es désormais, tu es en paix, serein… et heureux.